Le 6 novembre 2018 à Tunis, s’est tenu un atelier de travail sur le lancement de l’étude générationnel des descendants des immigrés tunisiens en France, initiative de la composante 2 du projet Lemma, réalisée en partenariat avec le cabinet conseil Thalys. Cette étude s’appuiera sur une synthèse documentaire et une enquête qualitative auprès des descendants d’immigrés en France. Elle sera finalisée en avril 2019.

Ont participé à cet évènement, l’ensemble des partenaires tunisiens du projet Lemma, institutions et organisations de la société civile œuvrant dans le champ de la migration, ainsi que le Directeur général de l’Observatoire National de la Migration, M. Abderraouf Jemmel.

L’atelier s’est déroulé en deux temps : une présentation des premiers résultats de recherche (revue documentaire et analyse des données statistiques existantes) réalisée par M. Pierre-Noël Denieuil, Directeur de recherche émérite au CNRS au laboratoire URMIS (Migrations et sociétés), puis un débat avec les participants sur l’approche déployée, sur les problématiques qui seront approfondies durant la seconde phase de l’étude et sur les modalités de réalisation de l’enquête qualitative.

Une étude inédite pour une meilleure connaissance de la diaspora tunisienne

 

 

Une étude inédite pour une meilleure connaissance de la diaspora tunisienne

Selon une enquête réalisée en 2009, par l’institut français des statistiques, l’INSEE, on dénombrait 180 000 descendants d’immigrés dont 57% ont la seule nationalité française, 5% tunisienne et 38% la double nationalité. Plus des deux tiers sont regroupés sur les régions PACA, Rhône Alpes et Ile de France. Cette communauté regroupe un ensemble hétérogène d’acteurs (associations, migrants individuels, 2ème et 3ème génération, migrants très qualifiés, d’origine géographique différente…), tous différemment – plus ou moins – mobilisés pour le développement tunisien.

L’objectif principal de cette étude est de mieux définir ces générations d’enfants d’immigrés tunisiens en France, et à partir des données produites, d’acquérir une meilleure connaissance de la société tunisienne en France et de ses projets potentiels dans le développement local et régional du pays d’origine. Elle s’inscrit dans le cadre du renforcement des capacités des autorités et de la société civile tunisiennes dans leur objectif de mieux 1) mobiliser la diaspora tunisienne en faveur du développement du pays, 2) gérer la migration de travail et la mobilité professionnelle en coopération et 3) soutenir la réinsertion des personnes rentrant au pays, en partenariat avec les institutions françaises.

 

Mieux connaître la communauté immigrée de France à partir de ses descendants…

L’émigration tunisienne en France remonte aux années 1960, et sa première génération se situe aujourd’hui entre 60 et plus de 80 ans. D’autres vagues d’émigration sont intervenues depuis avec d’autres motivations économiques, sociales et culturelles, et augmentent aujourd’hui avec un taux annuel de près de 6%. Certains sont restés, d’autres sont revenus, puis des citoyennetés, des binationalités, des circulations sporadiques se sont construites. La situation de cette migration reste difficile à lire : la diversité des profils témoigne de la superposition des périodes historiques et des motivations qu’elles ont portées. Les études statistiques, bien qu’ayant progressé sur le questionnement des pays de naissance et de la nationalité des parents, demeurent encore peu accessibles. Les recherches en sciences sociales foisonnent sur la question des immigrés ou des « questionnements » engendrés par les migrations (voile, religion, citoyenneté, intégration, emploi), mais peu directement centrées sur des monographies communautaires dans leurs transformations sur la durée et en relation avec la société d’accueil.

 

pour renforcer la mobilisation des tunisiens de France.

Dans cette perspective, l’étude focalisera sur cet enjeu stratégique pour la Tunisie. De nombreux Tunisiens de France se disent prêts à investir sous réserve de rentabilité de partenariats compétents dans l’accompagnement et le suivi, ainsi que d’un tissu favorable soutenu par l’État et les autorités locales et nationales. Elle proposera une analyse des modalités de retour vers l’origine depuis la nationalité et l’identité française, en recherchant ce qui relie les nouvelles générations et leurs possibles inclinations au développement du pays d’origine et à des formes de développement national et local. L’accent sera mis sur la manière dont cette diaspora circule et sur les modalités de sa mobilité : ses réseaux professionnels ; ses solidarités familiales, de regroupements ou disséminées géographiquement ; ses déplacements dans l’espace méditerranéen au service d’une économie « déterritorialisée », ses allers-retours d’un projet nomade de « membre à distance » ou de passeur d’une nouvelle forme de diplomatie économique.

renforcer la mobilisation des tunisiens de France