Les collectivités locales tunisiennes ont noué depuis de nombreuses années des relations de coopération décentralisée avec leurs homologues étrangères. La ville de Tunis est, par exemple, jumelée avec la ville allemande de Cologne depuis 1964. Ces relations permettent d’établir des liens culturels et de favoriser les échanges entre les citoyens des deux rives. Elles sont aussi un moyen pour relever des défis communs.

La coopération décentralisée permet de soutenir le développement des territoires et d’impliquer la diaspora dans le développement des territoires d’origine et de résidence. Dans certains cas, ce sont même les acteurs de la diaspora, regroupées en associations, qui sont à l’origine de ces partenariats.

Le lien entre la coopération décentralisée et la diaspora tunisienne est notamment mis en évidence par l’objectif stratégique n°3 de la stratégie nationale migratoire de la Tunisie et le nouveau code des collectivités locales (art. 243) donne la possibilité aux communes tunisiennes, au titre de ses compétences partagées, de développer « un programme d’encadrement des Tunisiens résidant à l’étranger ».

Dans ce contexte, la composante « mobilisation de la diaspora en faveur du développement local et national de la Tunisie » du projet Lemma a réalisé une étude « Impliquer la diaspora tunisienne dans la coopération décentralisée : enjeux et pistes d’action ». Cette publication vise à fournir, aux parties prenantes de la migration et de la coopération décentralisée, des orientations sur les modalités d’engagement de la diaspora tunisienne dans les partenariats entre collectivités territoriales tunisiennes et européennes. Cette étude à paraitre sur le site de Lemma au mois d’avril 2019, développera 1) un panorama concis des coopérations décentralisées entre les collectivités locales tunisiennes et leurs homologues des États membres de l’UE partenaires du projet Lemma, 2) une analyse approfondie de 3 coopérations décentralisées avec la Tunisie et 3) Des recommandations destinés à renforcer l’action des pouvoirs publics.

 

Séminaire de réflexion sur la mobilisation de la diaspora dans la coopération décentralisée

Tunis, le 12 février 2019

Plus de 55 responsables issus d’institutions en lien avec le thème de la coopération décentralisée ont participé au séminaire de restitution d’une version préliminaire de l’étude « impliquer la diaspora tunisienne dans la coopération décentralisée : enjeux et pistes d’action » réalisée par Lemma.

Ce séminaire s’est notamment distingué par une forte représentation des acteurs de la migration en Tunisie : ministère des Affaires sociales, ministère des Affaires locales et de l’Environnement, délégations régionales de l’OTE (Médenine, Nabeul, Tunis, Sfax), délégation de l’Union européenne en Tunisie, ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (France), ambassade de Suisse, OIM, association franco-marocaine Migration & Développement (France), ICMPD, GRDR, Mercy Corp, Association Atuge, Fondation IFM, commune de Mahres via son maire et l’association Younga solidaire.

Séminaire de réflexion sur la mobilisation de la diaspora dans la coopération décentralisée
Vue d’ensemble du séminaire sur la coopération décentralisée. Tunis, le 12/02/2019.

4 institutions nationales et internationales ont ouvert le séminaire

Lors des allocutions d’ouverture, Mme Hammami (DGCIM – ministère des Affaires sociales) a remercié tous ceux qui ont apporté un appui à la Tunisie, en particulier l’UE et ses états membres pour leurs efforts en faveur de la transition démocratique, du développement économique et social de la Tunisie. Elle a ensuite rappelé que l’importance de la stratégie nationale migratoire, notamment en matière de mobilisation de la diaspora tunisienne.

Mme Mohedano Sohm (DUE-Tunisie) à salué l’engagement des États membres de l’Union européenne, par la mise à disposition d’expertise publique pour la mise en œuvre du projet Lemma. Elle a souligné la forte implication des institutions publiques locales dans le projet, en citant l’exemple de l’initiative 4M de Lemma développée avec la commune de Mahres (Sfax). Mme Mohedano a également rappelé que la mobilité des Tunisiens résidant à l’étranger engendrait un impact positif sur le plan socio-économique tant pour les territoires d’origine et que de destination.

4 institutions nationales et internationales ont ouvert le séminaire
Ouverture du séminaire. De G à D : Isabel Mohedano Sohm, Délégation de l’Union européenne en Tunisie, Mme Ahlem Hammami, DGCIM – ministère des Affaires sociales, Mme Samia Loussaief, ministère des Affaires locales et de l’Environnement et Mme Nasima Clérin, Expertise France.

 

Une restitution appuyée par l’intervention du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (France) et le témoignage de l’association Migration-Développement (France)

Une restitution appuyée par l'intervention du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (France) et le témoignage de l'association Migration-Développement (France)
Grégoire Joyeux , expert coopération décentralisée, Anne-Marie Reingold, Chargée de mission, Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et Robin Naël, Responsable Evaluation & Partenariats, association franco-marocaine Migration & Développement.

La restitution de l’étude a été assurée par son auteur, Grégoire Joyeux, expert coopération décentralisée. Plusieurs points saillants ressortent de son analyse :

  • L’essentiel des coopérations décentralisées avec la Tunisie sont réalisées avec la France.
  • La Suède et l’Allemagne n’ont pas de coopération décentralisée avec la Tunisie.
  • Le tissu associatif diasporique peu structuré qui ne disposent pas toutes de la même capacité d’engagement
  • Des difficultés pour la diaspora à s’impliquer dans des projets de coopération décentralisée par manque d’information sur les politiques territoriales tunisiennes et des pays européens.
  • Le manque de confiance de la diaspora tunisienne à l’égard des institutions tunisiennes.
  • L’ensemble des collectivités territoriales confirment le potentiel positif d’une meilleure implication des diasporas dans la coopération décentralisée et que les réseaux à mobiliser doivent être issus des secteurs publics, privés et de la société civile.

L’intervention de Anne-Marie Reingold, Chargée de mission, Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a, notamment, mis l’accent sur les avantages de la coopération décentralisée. Elle a permis de souligner qu’outre les champs d’action traditionnels de la coopération décentralisée – Développement durable, économie, jeunesse, patrimoine- la francophonie représentait un espace important de coopération et constituait un axe de renforcement de la mobilité des jeunes, dont la mobilité étudiante. Mme Reingold a également présenté la plateforme française « Atlas français de la coopération décentralisée et des autres actions extérieures « , une source d’informations clé sur les actions menées par les collectivités territoriales (thématique, objectifs, description, historique, contexte, financements, partenaires en France et dans le pays partenaire, contacts, volontaires du progrès…).

Robin Naël, Responsable Evaluation & Partenariats, association franco-marocaine Migration & Développement a apporté son témoignage sur l’expérience de l’organisation en matière de coopération décentralisée. Celle-ci été créé en 1986 par un groupe de migrants qui souhaitaient appuyer leurs villages d’origine. Il s’agit d’une association transnationale dotée d’une gouvernance franco-marocaine. M. Nael a appuyé sa présentation de deux exemples concrets de partenariats entre la diaspora marocaine et la coopération décentralisée :

  • Un partenariat entre la commune de Tallouine et la communauté de communes « pays des écrins », pour offrir des formations aux membres d’une coopérative, de favoriser les échanges entre acteurs, ainsi que les échanges protocolaires.
  • Un partenariat entre le Conseil provincial de Tiznit et l’agglomération du pays d’Issoire qui a permis de fédérer de nombreux acteurs publics et associatifs.

A travers ces deux expériences, M. Naël a mis en valeur la nécessité de bien cerner les besoins et les attentes des associations de la diaspora (cartographie), en vue de les accompagner dans leur création et leur développement.

Ateliers de réflexion en vue de renforcer les recommandations de l’étude

Trois groupes de travail thématiques ont suivi les interventions. Ils ont émis des recommandations qui seront intégrés au sein de l’étude dans sa version finale (accessible sur le site Lemma en avril 2019).

Groupe 1 :Ateliers de réflexion en vue de renforcer les recommandations de l’étude
Groupe 1 : Les mécanismes de gouvernance pour favoriser l’implication de la diaspora au niveau local, animé par Sophiane Mehiaoui, expert mobilisation de la diaspora du projet Lemma.
Groupe 3 :Ateliers de réflexion en vue de renforcer les recommandations de l’étude
Groupe 3 : L’accès au financement pour soutenir les projets impliquant les acteurs de la diaspora, animé par Grégoire Joyeux, spécialiste en coopération décentralisée.
Groupe 2 :Ateliers de réflexion en vue de renforcer les recommandations de l’étude
Groupe 2 : Identification des parties prenantes et des compétences diasporiques mobilisables, animé par Samuel Legendre, expert capitalisation de projets associatifs.